The Wonders: How to Pin Down Reality // CANNES

Paint Bookend A
Meraviglie Bra
The Wonders: How to Pin Down Reality
Suzanne Shojaei
Translated by Catie Robbins
 
Capturing truth first requires that one observes the evolution of human accomplishments, anguishes, preoccupations and eternal neroses. Difficult to get closer to the truth than what is offered by La Meraviglie. A real “plain without salt,” film: this is the work of director Alice Rohrwacher, whose film was presented in the official selection at the Cannes Film Festival this year.
 
For a realistic rendering, Rohrwacher recounts the story of a family living by their honey production in the Italian countryside, outside of the world of consumerism. The choice is pertinent; in this film, contact with nature is omnipresent, and unquestionably well filmed. The camera, almost always at the shoulder, presents numerous close-ups, and films absolute silence. All that survives is diegetic; the sounds of voices, of breathing, of wind or of machines. Nature, of the plant kingdom or human, is at the center of the film. One contemplates it, observes the bodies of humans or of greenery, and overall, listens. Numerous are shots which present a bee in someone’s hand or on her face. No doubt: we are next to the protagonists. The film takes its time; which is what makes possible these offerings.
 
Meraviglie Pipi
 
Meraviglie Ground Pile
 
If we’re looking at a film that seems transparent in face of reality, it is thanks to the description of a family that is at once touching and kooky, and highly specific. The film opens on a scene of collective peeing, in the middle of the night. We’re laughing in many more situations of equal silliness (most notably thinking of the arrival in the front yard of the famous camel so desired by the oldest daughter.) Born from an original and well worked screenplay, this family finds itself perfectly assimilated by the actors who interpret it. We’re surprised to remember that actors are at work; their spontaneity is so flagrant that we almost forget they’re playing anyone but themselves.
 
Even smalls moments pose questions to the spectator; during a scene in a dark granary, the oldest of the girls and her younger sister allow themselves a sort of ritual around a waterfall of light created by a hole in the wall. “Drink,” recommends the older, Gelsomina. Her little sister mimes a gesture of cupping the water in her hands to bring it to her mouth. One would almost have the impression of a scene of sacrament or of communion, as if even these moments of nothing get to see themselves made sacred by Rohrwacher.
 
Meravigie Honey
 
Meraviglie Bed Pile
 
Inside any realistic representation of humanity, we find evolution, beginning with a crazy heart that desires change. When the hospital needs to know if the child hurt by a machine is vaccinated or not against serious disease, the first worry Gelsomina has is whether the bucket has been placed under the honey machine back at the house to keep the honey from flowing onto the ground. At this instant, we understand the amplitude of worry a family living in the countryside can have when their honey production is their only resource, and Gelsomina is made of that world. Yet at the same time, Gelsomina, who has always been her father’s favorite and accordingly respected his wishes, frees herself little by little of his paternal empire. The key scene: Gelsomina hears her father call for her to pull the bee stingers out of his back as usual. She simply returns his look without moving. The child expresses her will to extract herself from life in the county, and attempts unconsciously to blur the lines between social classes; which melds poetically with one of the deepest of humans desires: to evolve. A child grows up and frees oneself of the constraints imposed by parental authority, and the mythical kingdom created by parents is finally terminated, and forever.
 
The film depicts an absolute calm, despite the hardness of certain scenes of argument or of sadness. What is shown by le Meraviglie is the reality of life, without any embellishment. Despite the facts that our paths are sprinkled with hazards, it can be a marvel to live and appreciate day after day the simplest things, devoid of inflated artifice.
 
Paint Black Band
Meraviglie Fam
Le Meraviglie, ou comment sublimer le réel
Suzanne Shojaei
 
Saisir la vérité de la vie, c’est avant tout observer l’évolution de ces êtres humains dans leur accomplissement et dans leurs angoisses, leurs préoccupations ou leurs névroses indélébiles. Difficile de faire plus proche de la réalité que ce que nous offre Le Meraviglie. Un film vrai, « nature sans sel » et qui ne fait pas de manière : voilà la finalité du travail de la réalisatrice Alice Rohrwacher, qui voit son film présenté en compétition officielle au Festival de Cannes.
 
Pour un rendu réaliste, Rohrwacher a choisi de raconter l’histoire d’une famille vivant de sa production de miel dans la campagne italienne, en marge de la société de consommation. Le choix est pertinent, puisque le contact avec la nature y est omniprésent, et très bien filmé de surcroît. La caméra, presque toujours à l’épaule et proposant de nombreux plans rapprochés, filme un silence absolu. Seuls subsistent la musique diégétique (qui fait partie de l’histoire) ou des sons de voix, de souffle, de vent ou de machines. La nature, végétale ou humaine, est au centre des plans du film. On la contemple, on observe les corps humains ou végétaux, on l’écoute surtout. Nombreux sont les plans, par exemple, qui présentent une abeille dans les mains d’un personnage ou sur son visage. Aucun doute : nous sommes aux côté des protagonistes. Le film prend son temps pour nous laisser ces possibilités.
 
Meraviglie Poster
 
Meraviglie Bed Lone
 
Si nous avons affaire à un film qui a l’air transparent face à la réalité des choses, c’est aussi grâce à la description d’une famille à la fois attachante et « perchée », comme on dit. Le film s’ouvre d’ailleurs sur une scène de « pipi collectif » en pleine nuit. Nous ne manquerons pas de rire bien d’autres fois, dans de nouvelles situations tout aussi loufoques (on pense notamment à l’arrivée dans la cour de la maison du fameux chameau tant désiré par la fille aînée). Née d’un scénario original et travaillé, cette famille se trouve parfaitement comprise par les acteurs qui l’interprètent. On se surprend à penser que l’on a affaire aux comédiens eux-mêmes, oubliant presque qu’ils jouent quelqu’un d’autre tant leur spontanéité est flagrante.
 
Mais de courts instants posent toutefois question au spectateur ; au cours d’une scène dans une grange sombre, l’aînée des filles et sa cadette se livrent à une sorte de rituel autour d’un faisceau lumineux créé par un trou dans les murs. « Bois », recommande l’aînée Gelsomina (le personnage principal). Et sa petite sœur mime véritablement le geste de recueillir la lumière entre ses mains pour la porter à sa bouche. On aurait presque l’impression d’une scène de sacrement, ou de communion, comme si un rien du réel se voyait sacraliser par Rohrwacher.
 
Meraviglie Drink
 
Meraviglie Looking up
 
Au coeur d’une représentation réaliste de l’humanité, on trouve l’évolution humaine d’un coeur qui a une folle envie de changement. Alors que l’hôpital a besoin de savoir si l’enfant blessée par une machine est vaccinée ou non contre de graves maladies, la première inquiétude de Gelsomina est de savoir si le seau est bien placé sous la machine à miel, à la maison, pour éviter que le miel ne coule par terre. A cet instant, le spectateur mesure toute l’ampleur des inquiétudes que peut avoir une famille vivant à la campagne et n’ayant pour seules ressources que sa production de miel. Gelsomina a grandi dans ce monde. Dans le même temps, Gelsomina, qui a toujours été l’enfant préférée de son père et qui a donc toujours respecté ses recommandations, se libère petit à petit de l’emprise paternelle. La scène clé : Gelsomina entend son père l’appeler pour qu’elle lui enlève, comme d’habitude, les dards des abeilles qu’il a dans le dos. Elle se retourne et le regarde simplement sans bouger. L’enfant exprime la volonté de s’extirper de sa vie à la campagne, et tente ainsi de brouiller inconsciemment les frontières entre les classes sociales ; une fille de producteurs peut un jour devenir citadine, ce qui semble se fondre, de manière poétique, avec l’un des désirs humains les plus profonds : évoluer. Un enfant grandit et s’affranchit des contraintes imposées par l’autorité parentale, et ce royaume mythique créé par les parents est enfin terminé, pour toujours.
 
Le film est d’un calme absolu, malgré la dureté de certaines scènes de dispute ou de tristesse. Ce que montrent Le Meraviglie, c’est bien la réalité de la vie, sans aucune fioriture. Malgré le fait que nos chemins de vie soient semés d’embûches, il est merveilleux de vivre et d’apprécier jour après jour les choses les plus simples, dénuées de tout artifice grandiloquent.
 
Paint BG-C watermark

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